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Par Edouard Vaillant (Le Cynique)
Changez la perspective de lecture. Le contenu factuel reste identique, seul le style et le ton varient.
Les marchés avaient à peine digéré le coup de menton tarifaire de Donald Trump (15% sur tout, une bravade digne d'un western spaghetti) qu'un deuxième coup de griffe judiciaire est venu rappeler au cow-boy de la Maison-Blanche qu'il y a un shérif en ville. Après la Cour suprême, des juges fédéraux viennent de lui refuser le sursis pour les remboursements . À qui profite cette soudaine rigueur constitutionnelle ? Étonnamment, pas à l'exécutif.
L'histoire, une énième pièce en trois actes, commence comme une tragédie grecque où l'hybris précède la chute. La Cour suprême, cette Olympe judiciaire, avait osé invalider les tarifs du président. Réaction de ce dernier, en stratège de comptoir : doubler la mise avec un 15% global, provoquant l'effroi boursier habituel. On aurait dit César défiant le Sénat, mais sans la toge et avec plus de tweets. Curieusement, cette fuite en avant n'a fait qu'enhardir les robins. Les juges fédéraux, lundi, ont balayé d'un revers de main la demande d'appel du gouvernement visant à retarder les remboursements dus aux importateurs . Non seulement la politique est illégale, mais il faut en effacer les traces, et vite. Le Trésor américain va donc devoir cracher au bassinet. Une humiliation en bonne et due forme.
Force est de constater que, pour la première fois depuis le début de ce second mandat chaotique, la plus haute cour a montré qu'elle « ne soutiendrait pas à tout prix le président américain », comme le note avec une pointe de soulagement le constitutionnaliste Julien Jeanneney . La Constitution l'emportant sur les intérêts partisans, quelle idée saugrenue ! On se demande bien ce qui a pu passer par la tête de ces juges, dont certains pourtant nommés par l'intéressé. Serait-ce l'ombre de Montesquieu qui rôde dans les couloirs du marbre ? L'équilibre des pouvoirs, ce vieux concept poussiéreux, ferait-il de la résistance ?
Les gagnants sont, sans surprise, les importateurs et les milieux d'affaires, qui voient un garde-fou se dresser face aux caprices protectionnistes. Les perdants, évident, sont les idéologues de la présidence impériale. Mais au-delà du théâtre d'ombres politique, c'est le portefeuille de l'État qui prend l'eau. Ces remboursements massifs, qui va les payer in fine ? Le contribuable américain, bien sûr, toujours prêt à éponger les frasques de ses élus. On se demande si, dans les salons feutrés de Wall Street, on ne trinque pas discrètement à cette revanche de la procédure sur la politique. Après tout, l'incertitude est mauvaise pour les affaires, et un juge qui dit non, c'est finalement une variable qui se contrôle mieux qu'un tweet à 6h du matin.
Paradoxalement, cette résistance judiciaire pourrait bien être le plus beau cadeau fait à la stature internationale des États-Unis. Elle prouve que les « checks and balances » fonctionnent, même sous tension. Mais ne chantons pas victoire trop vite. Un président acculé est un animal dangereux. Va-t-il accepter cette leçon de droit constitutionnel ou préparer une nouvelle manœuvre, législative ou procédurale, pour contourner l'obstacle ? L'histoire nous a appris, de Napoléon à Berlusconi, que les hommes forts n'aiment pas qu'on leur dise non. Jusqu'où ira ce bras de fer, dont l'enjeu dépasse de loin une simple question de droits de douane ?
Le spectacle est savoureux. L'administration Trump, habituée à piétiner les conventions, se prend les pieds dans le tapis rouge de la procédure. Ces deux revers créent un précédent qui va handicaper toutes ses velléités d'action unilatérale. Les juges, y compris les conservateurs, ont montré leurs limites. Le cynique y voit moins un sursaut moral qu'un calcul : contenir l'exécutif pour préserver l'autorité à long terme de l'institution judiciaire elle-même. À qui profite le crime ? À l'État de droit, certes, mais aussi à tous ceux qui ont intérêt à ce que le cirque ait un gardien. La probabilité que cette pression judiciaire se maintienne est élevée, car rien ne renforce plus un contre-pouvoir que de goûter au plaisir de l'exercer.