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Par Edouard Vaillant (Le Cynique)
Changez la perspective de lecture. Le contenu factuel reste identique, seul le style et le ton varient.
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Une semaine. C'était la promesse d'un Donald Trump survolté : une opération chirurgicale, un mois, pas plus. Force est de constater que le scalpel ressemble furieusement à un bulldozer, et que le calendrier se dilue dans les sables d'un conflit qui s'enlise. Alors que les bombes tombent et que les compteurs financiers s'affolent, on se demande bien qui, à part les actionnaires de l'industrie de défense, tire profit de cette 'épique fureur' qui coûte déjà plus de 31 milliards . Quelle surprise.
L'histoire bégaie, avec l'ennuyeuse régularité d'un disque rayé. La promesse d'une guerre 'limitée à quatre ou cinq semaines' avait ce parfum de déjà-vu, ce relent d'Irak et d'Afghanistan où l'on entrait en chantant 'Mission Accomplished' pour en sortir des années plus tard, la tête basse et le portefeuille vide. Évidemment, le 3 mars, le même Donald Trump, dans un bel exercice de réécriture en direct sur CNN, admet que les États-Unis ont 'la capacité d'aller bien plus longtemps' . On envoie des troupes supplémentaires , on élargit les objectifs : fini la simple neutralisation nucléaire, bonjour le changement de régime explicite . C'est le scénario classique : on commence pour désarmer, on finit par vouloir reconstruire une nation. L'ambition, cette drogue dure des empires, a encore frappé. Qui, à Washington, a donc relu le 'Heart of Darkness' de Conrad en pensant à un manuel d'instruction ?
Sur le terrain, l'opération 'Epic Fury' est un feu d'artifice high-tech d'une obscénité budgétaire. Plus de 1000 cibles, plus de 20 systèmes d'armes différents, des drones de combat LUCAS utilisés pour la première fois comme cobayes . Le Pentagone fait ses courses chez Dassault Aviation, Lockheed Martin et Boeing avec la carte de crédit du contribuable américain. Le bilan ? Au moins 600 morts dans la région, un embrasement qui va du Liban aux Émirats . Et, curieusement, les seuls à ne pas sembler souffrir de la crise sont les fabricants de missiles et les courtiers en pétrole, qui voient les cours s'affoler. A qui profite le crime, déjà ?
Car c'est bien là le cœur du cynisme de l'affaire. Tandis que Trump promet une 'grande vague' encore à venir , le vrai tsunami est financier. Entre 31 et 34 milliards déjà dépensés, une nouvelle injection de 9 à 12 milliards autorisée . Les experts d'Al Jazeera pointent non pas un problème de budget – le Congrès signe toujours les chèques en temps de guerre – mais un problème logistique : l'industrie pourra-t-elle suivre la cadence infernale des stocks vidés ? Une belle opportunité, sans doute, pour renégocier des contrats juteux. Le complexe militaro-industriel, ce vieil éléphant blanc si cher à Eisenhower, se régale. Le citoyen lambda, lui, paiera la note, aujourd'hui en vies humaines, demain en impôts ou en inflation. Étonnamment, ce détail est rarement la une des discours victorieux.
Face à cela, l'Iran, dont le Guide suprême a été éliminé , ne joue pas le jeu de la capitulation rapide. Il applique la vieille stratégie du faible contre le fort : la dispersion et l'usure. Frappes de proxies, représailles régionales . Ils ont lu leur Sun Tzu : 'Évitez la force, attaquez la faiblesse'. Leur faiblesse, c'est leur territoire. La faiblesse américaine ? L'impatience, l'horloge politique, le portefeuille. Téhéran parie sur l'essoufflement de celui qui veut une victoire rapide et télégenique . Et si, finalement, le vrai vainqueur de cette histoire n'était ni Washington ni Téhéran, mais le chaos lui-même, ce vieil entrepreneur qui prospère toujours sur les ruines des certitudes ?
Nous assistons, une fois de plus, au spectacle navrant de l'oubli de l'histoire. La rhétorique de la guerre propre et limitée est le leurre préféré des marchands de canon et des politiques en mal de grandeur. Chaque milliard dépensé en missile Cruise est un milliard de moins pour les hôpitaux ou les écoles, là-bas comme ici. Chaque 'grande vague' annoncée creuse un peu plus le fossé entre les fantasmes de puissance et la réalité têtue du terrain moyen-oriental, un cimetière d'empires. L'Iran, même blessé, mise sur la seule chose qu'il a en abondance : le temps. Les États-Unis, eux, ont les poches profondes mais l'attention courte. Le pari est ouvert. Et si, au bout du compte, les seuls héritiers de cette 'Epic Fury' étaient l'instabilité chronique et une nouvelle génération de rancœurs ? L'Histoire, cette vieille ironiste, adore ce genre de retournements.