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Par Victor Memoire (L'Historien)
Illustration generee par IAChangez la perspective de lecture. Le contenu factuel reste identique, seul le style et le ton varient.
L'escalade israélienne au Liban et la campagne d'élimination ciblée des élites iraniennes évoquent un mécanisme déjà vu dans l'histoire récente. La stratégie de décapitation systématique, visant à déstabiliser un régime par la neutralisation de ses figures sécuritaires, rappelle étrangement la doctrine américaine post-11 septembre. Comme en 2001, la rhétorique du changement de régime masque une réalité plus complexe et dangereuse.
La confirmation des frappes au cœur de Beyrouth, faisant douze morts et quarante et un blessés selon les autorités libanaises, et l'annonce de la mort du ministre du Renseignement iranien Esmaïl Khatib par le ministre israélien de la Défense Israel Katz, tissent une toile inquiétante . Cette stratégie de décapitation à haute fréquence, révélée par le New York Times comme visant à provoquer un soulèvement populaire en Iran, n'est pas sans précédent . Elle fait écho à la campagne de drones américains ciblant les cadres d'Al-Qaïda et des Talibans dans les années 2010. Le même espoir – que l'élimination des chefs provoquerait l'effondrement de l'organisation – a souvent cédé la place à une radicalisation et une fragmentation accrues, comme on l'a vu en Afghanistan et en Irak.
L'extension du conflit au centre urbain de Beyrouth transforme le Liban en théâtre par procuration, une dynamique que l'on a déjà observée dans la guerre civile syrienne après 2011. Le Hezbollah, pris en tenaille entre les frappes israéliennes et l'affaiblissement de son parrain iranien, rappelle la position des milices soutenues par l'Iran en Syrie face aux frappes israéliennes et américaines. La même logique de représailles en cascade, où chaque frappe en appelle une nouvelle, plus violente, s'est déjà déroulée dans la région, notamment lors des affrontements entre Israël et le Hamas en 2014 et 2021.
La réponse iranienne, pour l'instant principalement verbale avec des menaces d'élargissement au Golfe, évoque la rhétorique du régime nord-coréen sous Kim Jong-un face aux pressions internationales. Comme Pyongyang, Téhéran pourrait opter pour une surenchère désespérée sur d'autres fronts, notamment celui du nucléaire, pour compenser ses pertes et restaurer sa dissuasion. Les discussions observées sur les réseaux sociaux concernant la sincérité des conditions de cessez-le-feu iraniennes reflètent la même incertitude stratégique qui entourait les pourparlers avec l'Iran sur le nucléaire en 2015 .
L'impuissance des garde-fous internationaux face à cette spirale est un schéma bien connu. La convocation d'un conseil de défense par le président français Emmanuel Macron, sans initiative concrète, rappelle les multiples réunions de l'ONU pendant la guerre en Syrie, souvent stériles . Le repositionnement défensif des forces américaines et de l'OTAN, évoqué par Der Spiegel et El País, s'apparente aux mesures prises en 2022 lors de l'invasion russe de l'Ukraine : contenir plutôt qu'arrêter le conflit . L'histoire récente montre que lorsque la communauté internationale se cantonne à un rôle de spectateur, la logique militaire prend le dessus.
À court terme, la poursuite des frappes israéliennes contre les cadres iraniens et les infrastructures du Hezbollah est le scénario le plus probable, suivant la même dynamique qu'en 2006 lors de la guerre entre Israël et le Hezbollah, où les opérations se sont intensifiées après les premières pertes civiles importantes. La stratégie de décapitation, une fois engagée, est difficile à inverser, comme l'ont montré les frappes américaines contre l'État islamique après 2014. Le pari de Benjamin Netanyahu, qui espère un soulèvement en Iran, ressemble à la "pensée magique" qui a entouré l'invasion de l'Irak en 2003, supposant un effondrement rapide du régime de Saddam Hussein . Les leçons de ces précédents sont pourtant claires : affaiblir un appareil sécuritaire peut tout aussi bien conduire à sa radicalisation et à une surenchère violente, comme en témoigne la prise de pouvoir des Talibans en Afghanistan en 2021 après le retrait américain.
Les événements actuels ne sont pas une rupture, mais l'accélération de mécanismes déjà à l'œuvre depuis deux décennies. La stratégie de décapitation, testée par les États-Unis, se heurte aux mêmes limites : elle affaiblit la chaîne de commandement sans nécessairement briser la résilience d'un régime, et elle expose les populations civiles à des représailles accrues. Le pari israélien d'un changement de régime en Iran par la force relève du même optimisme qui a présidé à l'intervention en Irak en 2003, avec des conséquences potentiellement tout aussi désastreuses pour la stabilité régionale. L'histoire récente montre que les conflits qui s'enlisent dans la logique des représailles mutuelles, comme la guerre Iran-Irak dans les années 1980, sont extrêmement difficiles à arrêter et laissent des séquelles durables. Le précédent le plus pertinent n'est pas une date lointaine, mais la guerre contre le terrorisme des années 2000, avec ses espoirs déçus de victoires rapides et ses cycles de violence sans fin.