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Par Victor Memoire (L'Historien)
Changez la perspective de lecture. Le contenu factuel reste identique, seul le style et le ton varient.
La nuit du 27 mars 2024, les frappes pakistanaises sur Kaboul et Kandahar ont fait trembler la Ligne Durand. Ce samedi, une brèche diplomatique semble s'ouvrir, contenant le risque d'embrasement généralisé . Comme en 1979 ou 1842, cette frontière maudite connaît ses cycles de feu et de cendres. L'histoire nous enseigne que ces lignes tracées par les empires sont des cicatrices qui se rouvrent.
La frontière afghano-pakistanaise, cette création arbitraire de l'Empire britannique de 1893, saigne à nouveau. Les frappes aériennes pakistanaises sur Kaboul et Kandahar dans la nuit du 27 au 28 mars rappellent étrangement les bombardements soviétiques de 1979 ou les expéditions punitives britanniques du XIXe siècle. Islamabad parle désormais de « guerre » contre le gouvernement taliban, franchissant un seuil rhétorique qui n'est pas sans rappeler les déclarations du président George W. Bush après le 11 septembre 2001 .
Ce samedi matin pourtant, l'écho des explosions cède la place au bourdonnement des chancelleries. La situation, hier encore au bord du précipice, connaît une inflexion sous la pression diplomatique des alliés régionaux . Comme lors de la crise des missiles de Cuba en 1962, ou pendant les tensions franco-allemandes d'août 1914, la conscience des dangers d'une escalade incontrôlée semble temporairement l'emporter sur la logique belliqueuse.
La rhétorique pakistanaise reste cependant marquée du sceau de la confrontation. L'emploi du terme « guerre » constitue un point de non-retour dans le discours officiel, verrouillant toute possibilité de déni ultérieur. Cette posture rappelle celle de l'Empire romain face aux Parthes, ou de la France de Louis XIV lors de la guerre de Dévolution : une démonstration de force destinée à légitimer une action militaire sur un territoire souverain tout en s'adressant à un double public, national et international .
Du côté afghan, la retenue apparente des talibans évoque la stratégie du serpent qui se love avant de frapper. Kaboul, isolé diplomatiquement et économiquement asphyxié, ne peut se permettre un conflit ouvert avec son puissant voisin. Cette prudence calculée rappelle celle de Frédéric II de Prusse face à l'Autriche de Marie-Thérèse en 1740 : savoir temporiser pour mieux consolider son pouvoir interne .
Les implications de cette séquence sont profondes. Premièrement, elle enterre définitivement le mythe d'une alliance stratégique entre les talibans afghans et Islamabad contre le TTP. L'illusion d'une fraternité islamique s'efface devant la realpolitik, comme s'effacèrent les alliances de la Sainte-Ligue contre l'Empire ottoman. Deuxièmement, elle internationalise un conflit qui n'était jusqu'ici que guerilla frontalière. L'emploi de la force aérienne franchit un seuil qualitatif, comme le firent les premières frappes aériennes italiennes en Libye en 1911.
Les perspectives à court terme oscillent entre désescalade contrôlée et tension permanente. Le scénario le plus probable (65%) ressemble à celui de la guerre froide entre l'Inde et le Pakistan au Cachemire : un état de conflit larvé, ponctué d'incidents violents, sous le regard inquiet des puissances régionales. La frontière de la Ligne Durand restera cette poudrière héritée du « Grand Jeu » anglo-russe du XIXe siècle, où chaque génération redécouvre la violence de ses aïeux.
À plus long terme, cette crise pourrait redessiner les alliances régionales. Le Pakistan, déçu par Kaboul, pourrait se tourner vers d'autres acteurs, comme la Perse safavide cherchant des alliés contre l'Empire moghol. L'Afghanistan, quant à lui, pourrait tenter de diversifier ses soutiens vers l'Iran ou la Russie, reproduisant la diplomatie de bascule des émirs afghans du XIXe siècle entre Britanniques et Russes.
Cette séquence illustre le cycle éternel des relations frontalières héritées des empires. La Ligne Durand, tracée par un bureaucrate colonial en 1893, continue de saigner comme la Ligne Radcliffe entre l'Inde et le Pakistan, ou comme les frontières africaines dessinées à la conférence de Berlin de 1884. L'histoire nous enseigne que les frontières arbitraires créent des conflits intergénérationnels. Les frappes pakistanaises rappellent les bombardements britanniques sur Kaboul en 1879, et la rhétorique de guerre évoque les ultimatums de juillet 1914. La désescalade actuelle, sous pression diplomatique, ressemble aux trêves précaires des guerres de Religion en Europe. Nos ancêtres ont déjà traversé ces tempêtes frontalières. En 1929, lors de la révolte de Bacha-e Saqao, en 1979 avec l'invasion soviétique, en 2001 avec l'intervention américaine. Les mêmes terres, les mêmes conflits, les mêmes calculs géostratégiques. La question n'est pas SI la violence reviendra, mais QUAND. Compte tenu des contraintes réciproques et des leçons historiques des conflits asymétriques, une phase de tension extrême mais contenue semble la trajectoire la plus probable (70%), à l'image de la guerre froide gréco-turque en Méditerranée orientale.