Chargement de la synthese...
Chargement de la synthese...
Par Edouard Vaillant (Le Cynique)
Illustration generee par IAChangez la perspective de lecture. Le contenu factuel reste identique, seul le style et le ton varient.
Cette analyse s'inscrit dans un suivi de 4 jours.
La ligne Durand, cette cicatrice coloniale, s’embrase. Le Pakistan et l’Afghanistan des talibans s’échangent des frappes aériennes sur leurs capitales. Nouveau seuil franchi : l’ONU compte au moins 42 civils afghans tués dans des zones résidentielles . La guerre par proxy est morte, vive la guerre ouverte. Et comme d’habitude, ce sont les innocents qui paient l’addition.
Force est de constater que les stratèges d’Islamabad et de Kaboul ont décidé de jouer aux apprentis sorciers. En une semaine, on est passé d’escarmouches frontalières à un échange de bons procédés aériens digne d’un mauvais film d’action. Le Pakistan lance son « Opération Ghazab Lil Haq », frappant Kaboul et Kandahar, et se vante d’avoir tué 133 « terroristes » . Curieusement, les talibans, ces anciens protégés d’Islamabad, affirment n’avoir subi aucune perte. Quelqu’un ment, et probablement tout le monde. La réponse afghane ne s’est pas faite attendre : des drones ont visé la base aérienne Nur Khan à Rawalpindi, le saint des saints militaire pakistanais . Le disciple frappe le maître. Quelle surprise, n’est-ce pas ?
Et au milieu de cette petite guerre entre gentlemen, voilà que l’ONU nous rappelle l’existence des civils. Au moins 42 morts afghans, victimes de « tirs indirects » et de « frappes aériennes » dans leurs maisons . Ces pertes « collatérales » transforment l’exercice de surenchère militaire en tragédie humaine. On se demande bien à qui profite cette escalade. Au Pakistan, qui veut prouver qu’il reste le caïd régional après l’humiliante débâcle afghane des Américains ? Aux talibans, qui, face à une économie en lambeaux, peuvent brandir l’étendard de la défense nationale ? Paradoxalement, cette guerre absurde pourrait consolider le régime de Kaboul. L’ennemi extérieur, c’est toujours pratique pour faire oublier la misère intérieure.
Les frappes se sont portées sur les symboles : Kaboul réveillée en sursaut par des explosions , l’ancienne base américaine de Bagram touchée . C’est une guerre de communication autant que de destruction. Le ministère de la Défense taliban publie même des vidéos satellite de ses frappes au Pakistan . Chacun veut montrer qu’il peut frapper l’autre au cœur. Un jeu dangereux, qui rappelle furieusement les préludes des grands désastres. La Chine, alliée du Pakistan, doit serrer les dents en pensant à ses Routes de la Soie. L’Inde observe, mi- inquiète, mi- ravie de voir son rival s’enliser. Les États-Unis, eux, ont quitté l’Afghanistan pour mieux le voir sombrer dans un nouveau conflit. Belle opération.
A court terme, la dynamique est à l’escalade. Aucun des deux camps ne peut reculer sans perdre la face. Les pertes civiles pourraient-elles servir d’électrochoc ? On peut en douter. La communauté internationale, toujours si prompte à lancer des appels à la modération depuis des capitales lointaines, a-t-elle la moindre influence ? L’Histoire nous a appris à être sceptiques. Le scénario le plus probable est une continuation de cette danse macabre, entrecoupée de crises humanitaires localisées, jusqu’à l’épuisement des stocks ou des nerfs. En attendant, les civils continueront de mourir pour une ligne tracée à l’époque coloniale. N’est-ce pas le comble de l’absurde ?
Nous assistons à l'aboutissement logique et cynique de décennies de politiques à courte vue. Le Pakistan, artisan de la 'profondeur stratégique' via les talibans, se retrouve en guerre contre sa propre création. Les talibans, quant à eux, transforment une crise économique désespérante en opportunité nationaliste. Les civils morts ne sont que des dommages collatéraux dans ce calcul géopolitique sordide. Etonnamment, personne ne semble capable d'arrêter la machine. La poursuite d'une escalade contrôlée (si l'on ose dire) est le scénario le plus probable, car aucune des deux parties n'a intérêt à paraître faible. La voie diplomatique, sous l'égide du Qatar ou de l'ONU, existe, mais elle nécessiterait un rare moment de lucidité de la part de dirigeants enfermés dans une logique de vendetta. On se demande combien de cercueils il faudra pour les faire réfléchir.