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Par Edouard Vaillant (Le Cynique)
Changez la perspective de lecture. Le contenu factuel reste identique, seul le style et le ton varient.
Alors que le Moyen-Orient brûle et que l'ONU offre un spectacle de mauvais goût avec Melania Trump en maîtresse de cérémonie, l'Europe, elle, compte ses sous. Les vulnérabilités exposées par la guerre ne poussent pas aux armes, mais aux décrets. Le protectionnisme redevient à la mode, le 'Made in Europe' son nouveau credo. Une belle façon de faire du business sur fond de tragédie humaine, n'est-ce pas ?
La trajectoire de cette crise confirme ce que les cyniques savaient déjà : les enfants meurent dans les écoles bombardées, pendant que les épouses de présidents jouent les humanitaires à New York. Cette farce macabre a au moins le mérite de clarifier les choses : l'ordre multilatéral est mort, enterré sous les bonnes intentions et les mauvaises frappes. Alors, l'Europe réagit, mais pas sur le terrain où les corps s'empilent. Non, elle agit là où ça fait vraiment mal : le portefeuille. La flambée du pétrole, cette vieille connaissance des temps de crise, a servi d'électrochoc. Et quel est le réflexe du patient ? Se barricader. La Commission européenne, dans un élan de génie stratégique, planche sur des quotas 'Made in Europe' pour les marchés publics . Une initiative protectionniste, bien sûr, vendue sous l'emballage clinquant de la 'souveraineté' et de la 'résilience'. On se demande bien qui profitera des contrats réservés aux industriels du Vieux Continent, une fois la loi passée. Les grands noms de l'automobile et du BTP doivent déjà se frotter les mains.
Mais cette volonté de construire une Europe-forteresse se heurte à un détail amusant : elle est elle-même minée de l'intérieur. Tandis que les commissaires dessinent des frontières économiques, force est de constater que la moitié de la population européenne est maintenue à un rôle de figurante dans l'innovation et la création de richesse. En France, seulement 16,7% des brevets européens sont déposés par des femmes . En Allemagne, la femme n'est le principal salaire que dans un couple sur dix . Quelle formidable façon de mobiliser tout son potentiel face à la tourmente mondiale, n'est-ce pas ? Un continent qui fonctionne avec une main attachée dans le dos et qui s'étonne d'être à la traîne.
Cette réalité crée un contraste savoureux avec le discours ambiant. Sur les réseaux sociaux, on discute du fait qu'il 'ne vaut plus la peine de faire des efforts professionnels'. Paradoxalement, c'est peut-être la seule conclusion logique dans un système où l'effort est si mal récompensé pour tant de gens. Le cynisme social devient ainsi le meilleur allié du cynisme géopolitique. La chaîne causale est parfaite : une guerre déclenchée ailleurs fait monter le prix de l'énergie, ce qui pousse l'Europe à se replier économiquement, révélant au passage ses inégalités structurelles qui, à leur tour, sapent la cohésion nécessaire pour affronter ladite crise. Un cercle vicieux digne des meilleurs tragiques grecs.
Alors, que nous réserve l'avenir ? Le scénario le plus probable, et le plus lucratif pour certains, est celui d'une Europe qui se crispe : protectionnisme accru, marchés volatils, et des inégalités qui persistent parce qu'elles ne dérangent personne au sommet. L'autre voie, celle d'une véritable refonte énergétique et sociale, nécessiterait de partager le gâteau autrement. Et qui, dans la haute sphère, aurait intérêt à cela ? La réponse ne surprendra personne. On continuera donc à vanter le 'Made in Europe' tout en laissant la moitié des cerveaux européens sous-utilisés. Une stratégie pour le moins originale pour gagner la course à l'innovation mondiale.
L'évolution est éclairante : on est passé des frappes militaires aux quotas protectionnistes en un clin d'œil. L'initiative 'Made in Europe' n'est pas une stratégie, c'est un pansement posé sur une jambe de bois par des bureaucrates qui préfèrent réglementer que réformer. Le vrai sujet, celui des inégalités qui privent l'Europe de son plein potentiel, est soigneusement évité. On préfère bâtir des murs autour du marché que de s'assurer que tout le monde à l'intérieur peut y participer équitablement. C'est une politique de court-termisme qui profite aux intérêts établis. Dans les trois prochains mois, on assistera à une fragmentation accrue, à des gesticulations protectionnistes et à une belle montée des prix. Les gagnants ? Ceux qui vendent du pétrole et ceux qui obtiennent les marchés réservés. Les perdants ? Tout le reste.