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Par Eric Polemique (Le Provocateur)
Changez la perspective de lecture. Le contenu factuel reste identique, seul le style et le ton varient.
Tout le monde pleure, tempête et brandit la démocratie à Bruxelles. La Commission européenne ose avancer sans tergiverser sur le Mercosur ? Scandale ! Osons le dire : et si cette décision courageuse était enfin un signe de santé politique ? A contre-courant du consensus mou qui paralyse l'Europe depuis des années, posons les questions qui dérangent.
L'annonce de ce vendredi est un souffle d'air frais dans le marais procédurier européen. Alors que certains gémissent sur un 'coup de force', je vois, en avocat du diable, l'aboutissement salutaire d'une volonté politique. Après des années de blocages stériles, où chaque lobby national pouvait mettre son veto sous prétexte de 'protection', la Commission utilise enfin un outil prévu par les traités pour avancer. L'application provisoire n'est pas une trahison, c'est l'exercice normal d'une compétence. Elle permet de mettre en œuvre ce qui relève du commerce, cœur de la politique commune, sans attendre que 27 parlements nationaux finissent leur petite cuisine politique. Personne n'ose le dire, mais ce processus de ratification à l'unanimité est souvent l'antichambre de la mort lente des projets européens.
La justification 'stratégique' avancée par Ursula von der Leyen n'est pas un prétexte, c'est une réalité crue. Dans un monde où les chaînes d'approvisionnement se fragilisent et où le protectionnisme gagne du terrain, l'Europe a-t-elle vraiment les moyens de se payer le luxe d'une paralysie éternelle ? Faisons réfléchir : attendre encore, c'est laisser le champ libre à d'autres puissances. La décision de la Commission est une lecture lucide de la géopolitique, pas un déni démocratique. Elle a consulté, le mécanisme est légal. Le vrai tabou, c'est l'incapacité chronique de l'Europe à décider vite quand ses intérêts sont en jeu.
Regardons l'autre côté de la médaille. La réaction 'spectaculaire' des agriculteurs au Salon de l'Agriculture est compréhensible, mais elle est surtout le reflet d'un réflexe protectionniste archaïque. Brandir la 'trahison', c'est ignorer que l'agriculture européenne, largement subsidiée, doit aussi évoluer et s'adapter à la concurrence mondiale. Les fameuses 'normes moins exigeantes' du Mercosur sont souvent l'arbre qui cache la forêt d'une productivité et d'une compétitivité que nous avons perdues. Au lieu de toujours crier au loup de la concurrence déloyale, et si nous nous interrogions sur notre propre modèle ?
La véhémence d'Emmanuel Macron est, elle aussi, à double tranchant. Elle défend des intérêts électoraux français immédiats, certes, mais elle sacrifie la vision stratégique européenne sur l'autel du nationalisme agricole. Paris avait obtenu des 'annexes miroirs', mais veut-il vraiment un accord, ou simplement un prétexte pour le bloquer indéfiniment ? Cette opposition place la France dans le rôle habituel de l'empêcheur de tourner en rond européen, affaiblissant d'autant plus l'Union qu'elle prétend vouloir renforcer.
Sur le plan institutionnel, on crie au précédent dangereux. Mais remettons en question cette narration. Le Parlement européen sera consulté pour la ratification finale. L'application provisoire concerne un domaine de compétence exclusive. Et si, au contraire, ce 'coup de force' révélait l'urgente nécessité de réformer des processus décisionnels européens devenus ingérables ? La lenteur n'est pas une vertu démocratique, c'est parfois une pathologie. En court-circuitant l'inertie, la Commission prend un risque, mais elle assume enfin un leadership. Cela pourrait, osons l'espérer, forcer un débat de fond nécessaire sur l'efficacité de nos institutions, plutôt que de perpétuer un consensus mou et inefficace.
À long terme, ce pari pourrait se révéler salvateur. Il force les États membres à sortir de l'hypocrisie : soit ils assument une vision commune et stratégique du commerce, soit ils avouent que l'Europe n'est qu'une somme d'égoïsmes nationaux. La colère des agriculteurs est réelle, mais elle ne doit pas faire loi. L'Europe ne peut pas être à la fois une puissance géopolitique et un club de protection des rentes. Cette décision, aussi impopulaire soit-elle, pose la vraie question : quelle Europe voulons-nous ? Une forteresse frileuse ou un acteur global qui assume ses choix ?
Tout le monde dépeint la Commission en tyran bureaucratique. Et si, au contraire, elle jouait enfin son rôle de moteur de l'intégration face à la pusillanimité des États ? La décision sur le Mercosur est un électrochoc nécessaire. Elle révèle l'hypocrisie d'une Europe qui veut peser dans le monde mais refuse les compromis internes qui l'accompagnent. Le risque de déficit démocratique est réel, mais il est contrebalancé par le risque, bien plus grand, de l'immobilisme. En forçant la main, Bruxelles ne fait pas un coup d'État, elle assume la réalité du pouvoir exécutif dans un système en crise. La probabilité qu'elle maintienne sa position est forte, car reculer serait avouer que l'UE est ingouvernable. La vraie bataille n'est pas pour ou contre le Mercosur, mais pour savoir si l'Europe a encore une volonté collective.