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Par Edouard Vaillant (Le Cynique)
Illustration generee par IAChangez la perspective de lecture. Le contenu factuel reste identique, seul le style et le ton varient.
Cette analyse s'inscrit dans un suivi de 5 jours.
Alors que les frappes du week-end nous promettaient une « opération chirurgicale », voilà que le patient se rebiffe, et toute la famille avec. D'un « franchissement de seuil », on est passé en trois jours à une « guerre ouverte », comme si l'on avait basculé d'un film d'espionnage dans un épisode de Game of Thrones régional. Quelle surprise.
Force est de constater que les frappes visant à « déstabiliser les fondements du pouvoir à Téhéran » ont produit l'effet inverse d'un coup de pied dans une fourmilière : tout le monde est maintenant dehors, armé, et très énervé . La prédiction d'un « embrasement régional » n'était donc pas une hypothèse alarmiste, mais plutôt le scénario par défaut, à la manière d'un mauvais polar où l'on devine le coupable dès la première page. Curieusement, personne n'a semblé s'en étonner.
Les événements de ce mardi 3 mars sont venus confirmer cette triste logique. L'Iran riposte désormais en visant non plus seulement des bases militaires, mais des ambassades américaines, comme à Riyad . On passe ainsi du duel militaire au sacrilège diplomatique, une escalade qui rappelle furieusement les pires heures de la guerre froide, mais avec des drones en plus. Parallèlement, le théâtre s'agrandit avec élégance : Israël envoie des troupes au sud du Liban, et le Hezbollah, dans un élan de franchise, déclare une « guerre ouverte » . Comme par hasard, cette nouvelle frontière active tombe à point nommé pour certains acteurs politiques locaux, dont les sondages pourraient bien bénéficier d'un petit sursaut patriotique . À qui profite le crime, déjà ?
La rhétorique, elle aussi, a pris un coup de vieux. Donald Trump, sur sa plateforme favorite, annonce triomphalement que les forces iraniennes sont « parties » et qu'il est « trop tard » pour parler . Plus tard, lors d'une conférence de presse, il justifie l'attaque initiale par un simple « pressentiment » . Une intuition géopolitique, voilà qui est rassurant. Son secrétaire d'État, Marco Rubio, évoque quant à lui une action forcée par les plans israéliens . Cette belle cacophonie stratégique rappelle la fable de l'éléphant et des aveugles, mais avec des missiles nucléaires en jeu. On se demande qui, dans cette administration, pilote l'avion.
Les conséquences, elles, sont moins philosophiques et bien plus tangibles. La fermeture du détroit d'Hormuz par les Gardiens de la révolution iranienne est un coup de maître économique. Environ un tiers du pétrole maritime mondial passe par ce goulet. Les prix vont s'envoler, les marchés trembler, et quelques-uns, sans doute très loin des combats, vont s'enrichir. Étonnamment, on n'entend pas beaucoup parler d'eux.
Ainsi, nous voilà passés en quelques jours d'une crise diplomatique à une guerre ouverte multi-fronts. Les objectifs sont désormais existentiels pour Téhéran et électoralistes pour d'autres. La fenêtre de dialogue est scellée, et la logique de l'escalade, une fois lancée, est aussi difficile à arrêter qu'un train fou. Qui a vraiment intérêt à voir ce conflit durer ? La réponse ne surprendra personne.
La crise a irrémédiablement quitté le domaine du poker menteur pour celui de la roulette russe à plusieurs participants. Les prédictions les plus pessimistes se réalisent avec une rapidité confondante. L'implication du Hezbollah et l'entrée d'Israël au Liban représentent un saut qualitatif dangereux, rappelant sinistrement 2006. La rhétorique de changement de régime, assumée par Netanyahu et sous-entendue par Trump, rend tout compromis aussi probable qu'une trêve dans un western spaghetti. La fermeture du détroit d'Hormuz est le premier acte d'une guerre économique qui va frapper le consommateur mondial, pendant que d'autres comptent leurs gains. Compte tenu de l'enchaînement des représailles, de l'absence de canal de dialogue et des objectifs politiques irréconciliables, la phase d'escalade militaire aiguë semble être la nouvelle normalité. Après tout, une guerre qui arrange tant de monde a-t-elle vraiment intérêt à s'arrêter ?