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Par Eric Polemique (Le Provocateur)
Illustration generee par IAChangez la perspective de lecture. Le contenu factuel reste identique, seul le style et le ton varient.
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Tout le monde s'évertue à pointer la hausse de la violence jihadiste au Nigeria ou au Pakistan. Osons le dire, à contre-courant du catastrophisme ambiant : et si les chiffres globaux en baisse étaient la seule réalité qui compte ? Le narratif anxiogène d'une menace qui explose partout sert des intérêts bien précis. Faisons l'avocat du diable et remettons en question cette pensée unique alarmiste.
On nous serine que la lutte contre le terrorisme est un échec, que la menace se déplace et s'aggrave. Pourtant, les faits sont têtus : le nombre mondial de décès dus au terrorisme diminue . Cette donnée fondamentale, noyée sous un flot d'analyses localisées, est pourtant la plus significative. Elle indique que les stratégies globales de contre-terrorisme, décriées et qualifiées d'inadaptées, ont en réalité produit des résultats. L'affaiblissement de l'État islamique en Syrie et en Irak n'est pas un détail, c'est une victoire stratégique majeure. Le consensus mou voudrait qu'on n'en parle plus, qu'on se focalise sur les échecs. Personne n'ose célébrer ce progrès, de peur de paraître naïf. Mais ne serait-ce pas là le vrai tabou ?
Prenons le cas du Pakistan, présenté comme l'épicentre indétrônable du terrorisme. Oui, il reste en tête d'un indice . Mais cet indice mesure-t-il l'intensité relative de la menace par rapport à il y a dix ans ? Ou ne fait-il que perpétuer une image figée ? La réaction du Pakistan aux critiques américaines sur son arsenal nucléaire, pointant du doigt l'Inde , n'est-elle pas avant tout un réflexe souverain et défensif d'un État confronté à une menace régionale tangible, bien plus qu'un aveu d'impuissance face au terrorisme ? On brandit la carte du « risque d'emballement nucléaire » comme un épouvantail, mais cela ne sert-il pas surtout à justifier une ingérence permanente et un regard biaisé sur la région ?
Concernant la hausse des violences au Nigeria et en RDC , posons les questions qui dérangent. Ces conflits sont-ils réellement nouveaux, ou sont-ils la continuation de guerres civiles et de crises de gouvernance locales bien antérieures à l'émergence du label « jihadiste » ? En les catégorisant comme « terrorisme », ne facilitons-nous pas l'écriture d'un chèque en blanc pour des interventions militaires, tout en évitant de traiter leurs causes profondes : la faillite des États, la corruption et l'exploitation des ressources ? Le narratif de la « menace globale qui mute » exonère trop facilement les élites locales de leurs responsabilités. Et si, au contraire, la focalisation sur le contre-terrorisme détournait l'attention et les ressources des vrais remèdes : la construction d'États de droit et le développement ?
On nous parle de « fragmentation des crises » et d'« asymétrie de la menace » pour complexifier à l'extrême un tableau. Mais faisons réfléchir : et si cette complexité était exagérée pour masquer une vérité simple ? Les groupes armés non-étatiques prospèrent là où les États sont faibles ou absents. Ce n'est pas une mutation de la menace terroriste, c'est une constante historique. La vraie nouveauté, c'est peut-être notre incapacité à accepter que certains problèmes soient fondamentalement locaux et qu'aucune campagne internationale ne pourra les résoudre à la place des sociétés concernées. La « myopie stratégique » dont on accuse l'Occident pourrait être, vue sous l'autre angle, un début de sagesse : la reconnaissance de ses limites. Continuer à agiter le spectre d'une hydre incontrôlable, n'est-ce pas le meilleur moyen pour les groupes armés de se maintenir au centre de l'attention et du financement de la « lutte globale » ?
Mon analyse, en provocateur assumé, est que l'industrie de la sécurité a besoin de la peur. Une menace terroriste en déclin global mais présentée comme plus diffuse et ingérable est le scénario parfait : il justifie des budgets immenses, une surveillance accrue et une attention médiatique constante, tout en étant impossible à réfuter par un « succès » définitif. Le discours sur la « mutation » et la « fragmentation » est un écran de fumée intellectuel. Il transforme l'échec de la construction nationale dans des régions du monde en une mystérieuse et nouvelle « asymétrie » qui nous dépasse. Peut-être que le vrai danger n'est pas l'emballement régional, mais l'emballement de nos propres peurs, qui nous pousse à chercher des monstres globaux sous chaque lit local, au détriment d'une analyse froide et d'une responsabilisation des acteurs directs. La probabilité à 70% d'une aggravation ? C'est le chiffre magique qui permet de tout dire et son contraire, et de maintenir le lecteur dans l'angoisse productive.